Réfugiés : QUAND LES BARBOUZES S’EN MÊLENT ! par François Leclerc

Billet invité.

Ancienne puissance coloniale, l’Italie connait bien la Libye. Confrontée à l’arrivée massive de réfugiés et laissée seule pour s’en dépêtrer, son gouvernement ne lésine pas sur les moyens, avouables ou non, afin de les bloquer en Libye. Selon le HCR, ils seraient en effet des centaines de milliers à vouloir tenter l’aventure d’un hypothétique sauvetage en mer, à condition d’avoir échappé aux garde-côtes libyens qui les reconduisent manu militari dans des centres de détention après les avoir interceptés.

L’agence Associated Press a confirmé, témoignages à l’appui, l’enquête de Reuters qui avait dévoilé l’implication possible des services secrets italiens dans le financement de milices libyennes. Avec pour objectif qu’elles interrompent leur activité de passeur et s’opposent à celles des autres milices de la région de Sabratha, à l’ouest de Tripoli, où elle était florissante.

Les résultats sont là : 2.936 réfugiés seulement ont été  secourus en mer et transférés en Italie en août dernier, contre 21.294 le même mois de l’année précédente. On ne pourra pas uniquement l’imputer à l’activisme des garde-côtes italiens et à la mer plus rude de cette année.

Deux milices proches du gouvernement de Tripoli, l’une du ministère de la défense et l’autre de l’intérieur, ont donc conclu un accord en ce sens avec des représentants des autorités italiennes, moyennant un soutien financier ainsi qu’en armes et en médicaments. Elles avaient été identifiées par le HCR dans son rapport de juillet dernier comme étant les principaux acteurs du trafic des réfugiés dans la région. À l’automne 2015, il leur avait été confié la mission d’assurer la sécurité d’installations pétrolières à la suite du kidnapping d’employés italiens. Les services italiens étaient donc en terrain connu.

Les officiels italiens nient sans surprise tout accord de ce genre, qui ne serait que verbal par mesure de précaution ! Pas question de « négocier avec les trafiquants » font-ils savoir, d’autant plus péremptoires que les deux milices en question sont honorablement connues du gouvernement libyen et ne peuvent être qualifiées ainsi !

Mais le calme actuel est susceptible de connaitre des rebondissements, si l’on en croit un responsable des milices qui a qualifié l’accord en vigueur de « trêve ». En attendant, les deux ONG SOS Méditerranée et Proactiva Open Arms, dont les navires continuent à patrouiller au large des côtes libyennes, ont confirmé que les passeurs ont déplacé leurs activités qui reprennent à l’est de Tripoli…

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