Le piaf comme symbole de l’Humanité, par Roberto Boulant

Billet invité.

Il est de notoriété publique que les hommes qui se prennent pour des aigles, sont la plupart du temps des buses.

Mais le paradoxe est que loin de nuire, cette déplorable particularité psychologique semble faciliter leur prise de pouvoir dans les institutions ! Impossible de citer des noms, tant ils sont nombreux sous toutes les latitudes et dans toutes les sphères d’activités, là où despotisme et népotisme se le disputent à l’incompétence crasse…

Bref, rien d’autre que le lamentable -mais ô combien caractéristique- comportement d’une espèce, mettant consciencieusement en place tous les moyens nécessaires à sa disparition, en sélectionnant méticuleusement pour ce faire… ceux parmi ses membres qui sauront se montrer les plus égoïstes, amoraux et incompétents !

Soit, mais la seule inconscience peut-elle suffire à expliquer qu’une majorité d’entre nous suivent passivement ce mouvement (quand ils ne l’accompagnent pas activement) ? Et comment expliquer, alors que nous sommes censés être sensés, que nous ayons mené les écosystèmes au bord d’un l’effondrement systémique, tout en créant un système financier tellement hypertrophié, que nul ne sait s’il sera encore là demain matin ?

Et tout cela bien sûr, quels que soit le régime politique, au nom du bien-être des peuples, de la liberté et de la concorde universelle.

Alors ? Eh bien peut-être pouvons partir du constat, que si la sélection naturelle fait disparaitre les espèces et les individus qui ne sont pas (ou plus) adaptés à leur environnement, elle peut aussi favoriser des voies qui ‘à priori’, nous semblent être contre-productives. À l’exemple du fameux ramage des paons, dont l’encombrement finit invariablement par faire croquer son propriétaire, la sélection naturelle n’hésitera pas à sacrifier l’individu au bénéfice de l’espèce. Le but ultime étant la perpétuation, ce n’est pas la longévité de l’individu qui est privilégié dans le cas du paon, mais sa capacité à se reproduire le plus rapidement et le plus souvent possible.

Dans cette optique darwinienne, quel serait alors l’intérêt pour notre espèce de suivre des individus égocentriques, des Messieurs-Moi-Je (plus rarement des dames) ? La réponse, en tout cas une partie, se trouve peut-être dans l’étude des systèmes critiques, où une auto-organisation spontanée peut surgir d’une myriade de facteurs indépendants. Ainsi en va-t-il du vol des étourneaux où des milliers d’individus à la trajectoire de vol individuelle, finissent par évoluer de manière coordonnée -mais imprévisible-, afin de perturber l’action des prédateurs.

Peut-on dès lors faire un parallèle avec les sociétés humaines ?

C’est en tout cas ce que semble démontrer les travaux d’une équipe de chercheurs étudiant les réaménagements dynamiques de groupes biologiques, ceux où le changement de comportement d’un seul individu peut affecter l’ensemble du groupe, quelle que soit sa taille. L’avantage, qu’il s’agisse d’étourneaux ou d’humains, résidant dans la coordination parfaite qui en résulte : le groupe devenant plus fort et plus résistant aux agressions extérieures, que chaque individu pris séparément.

Cependant, en tant que primates sociaux, ce n’est pas l’auto-organisation spontanée des étourneaux qui nous dirige, mais l’organisation hiérarchique. Autrement dit, le fait de se trouver un Chef fort et expérimenté, et de lui obéir pour le bénéfice de tous. Pour les premiers groupes humains, dans un monde où l’isolement individuel signifiait une mort certaine, il aurait été alors plus avantageux de se tromper tous ensemble en suivant le chef, plutôt que d’avoir raison tout seul. Parallèlement, la pression sélective aurait favorisé la reproduction des mâles ou des femelles alphas, les (pas si) lointains ancêtres de nos Maitres du Monde actuels…

Et c’est bien là le problème ! Tant que nous vivions en petits groupes, la criticité de nos sociétés était assurée. C’est-à-dire que tous les individus s’influençaient mutuellement et qu’un état critique atteint (catastrophes naturelles, guerres), c’est l’ensemble de la société qui pouvait bifurquer rapidement sous la conduite d’un individu particulièrement énergique et/ou avide de pouvoir.  

Or à la lecture des travaux cités plus haut, il apparait que notre époque réunit le pire des deux mondes ! Celui du monde archaïque des mâles alphas toujours sélectionnés par nos organisations, mais également celui d’un système libéral où la grande masse des individus n’a plus aucune influence sur l’équilibre global. Un monde rendant impossible toute bifurcation rapide.

Dans un tel système, la rupture de criticité –le changement de phase politique en l’occurrence- ne peut donc être que catastrophique. Comme si la coordination instantanée du vol des étourneaux était soudainement bloquée, pour provoquer des collisions en chaînes…

Nous voilà prévenus !

 

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